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Volume XIX · L’escouade de la moralité de Montréal, une série de journal et un juge, 1946–1954

Circulez,
rien à voir.

Dans le Montréal des années 1940, la police faisait des descentes dans les mêmes maisons closes, encore et encore, et n’en fermait presque aucune. Les tenancières étaient prévenues, la femme qui ouvrait la porte était inscrite comme propriétaire, l’amende allait à la Ville, et la maison rouvrait. Pacifique Plante, l’avocat placé à la tête de l’escouade de la moralité en 1946, s’en est pris aux propriétaires, et a été congédié en 1948. Le 28 novembre 1949, il a commencé à exposer le système dans Le Devoir. Soixante-deux articles plus tard, des citoyens ont déposé une requête de plus de mille pages, et le 8 octobre 1954 le juge François Caron a reconnu une vingtaine d’officiers, dont les deux directeurs de police de la décennie, coupables d’avoir toléré le vice organisé. L’équipage est descendu là où l’affiche disait qu’il n’y avait rien à voir.

Sujet1940 – 1954
MécanismeUne descente qui encaissait l’amende et laissait la maison ouverte
DocumentJugement du juge François Caron, 8 octobre 1954
Lecture16 minutes
Dessin à la plume d’une rue mouillée de Montréal, la nuit : devant un club de jeu éclairé de rouge, deux policiers sans visage lèvent la paume derrière un cordon de velours, tandis qu’un homme dans une voiture sombre lit un journal dont la une porte un portrait.
Illustrations dessinées pour ce volume. Elles ne montrent aucune personne ni aucune scène réelle ; chaque constat repose sur les documents énumérés à la section ix.
Volume XIX Un dossier daté de la tolérance policière d’une ville, de la série de journal qui l’a exposée et de l’enquête judiciaire qui a suivi, avec un instrument. Voir aussi : le volume X, sur un contrôle qui ne se déclenche qu’une fois remarqué, et le volume XVII, sur un enquêteur privé du pouvoir de contraindre.
i. La routine

Comment se faisait une descente
dans la ville ouverte, 1940–1950.

On disait du Montréal des années 1940 que c’était une ville ouverte, et il fallait le prendre au pied de la lettre. Maisons closes, salles de paris et ces maisons de jeu que les Montréalais appelaient barbottes ont tourné pendant des années à des adresses connues. La Presse comptait 116 maisons closes dans la ville en 1944, dont quatre-vingt-dix dans le Red Light, à l’est du boulevard Saint-Laurent. Le jeu, lui, ne se limitait à aucun quartier. Selon Plante, les barbottes s’installaient « par toute la ville suivant les possibilités du marché ».

Deux dés rouges, un as de pique et un as de cœur, et des piles de jetons rouges et noirs.
Le jeu de la maison.

La police faisait bel et bien des descentes. C’était ça, le système. Les tenancières étaient prévenues à l’avance et ne laissaient que quelques filles sur place. Celle qui ouvrait la porte aux policiers était arrêtée comme propriétaire de la maison. L’amende était payée, et la maison n’était jamais fermée bien longtemps. Selon un historien, les amendes rapportaient à la Ville quelque soixante mille dollars par année. En 1945, la Ligue de vigilance sociale, un groupe de citoyens, décrivait ces descentes comme « une sorte de taxe que l’on impose périodiquement à ces maisons de désordres ».

Deux policiers sans visage, les mains jointes, de part et d’autre d’une porte éclairée de rouge derrière un cordon de velours ; à l’intérieur, des silhouettes en chapeau boivent et fument.
La porte, gardée.

Un seul pâté de maisons de la rue Berger donne l’arithmétique. Plante y a compté vingt-huit numéros de porte qui avaient abrité une maison close, et 1 659 descentes officielles à ces portes pendant la période qu’il a étudiée. Les mêmes tenancières étaient condamnées encore et encore. Gérard Filion, qui dirigeait alors Le Devoir, se souvenait de « tenancières condamnées vingt, trente, quarante fois, grosses madames portant un sac à main rempli de billets verts ».

Un pâté de maisons de la rue Berger, selon le compte de Plantechaque trait est une descente
28portes sur un seul pâté
1 659descentes officielles
116maisons closes en ville, 1944
~60 000 $par année d’amendes pour la Ville

Rien de cela n’était nouveau, et on avait déjà enquêté. En 1924, après un vol de banque, une requête de quatre-vingt-deux citoyens a obtenu une enquête judiciaire présidée par le juge Louis Coderre. Son rapport a été rendu public le 13 mars 1925. La loi sur la fraude et la corruption dans les affaires municipales a ensuite été modifiée de façon à rendre de telles enquêtes plus difficiles à obtenir. En février 1944, l’armée a fait fermer le Red Light pour protéger ses soldats. Les maisons se sont dispersées, et la routine a continué.

ii. L’escouade

L’avocat qui arrêtait
les propriétaires, 1946–1948.

Pacifique Plante, qu’on appelait Pax, était un avocat montréalais né le 15 juillet 1907. À l’automne 1945, il devient conseiller juridique de l’escouade de la moralité. En juillet 1946, un tenancier de maison de jeu, Harry Davis, est abattu en plein jour dans son établissement de la rue Stanley, et la presse et le public réclament un ménage. Le 7 août 1946, Plante est nommé directeur adjoint de la police, responsable de l’escouade de la moralité.

Il change la routine. Plutôt que d’arrêter quelques employés pris sur les lieux, comme on le faisait jusque-là, il s’en prend aux propriétaires des maisons et des salles de jeu. Les groupes de citoyens qui réclament une enquête publique n’aboutissent à rien pendant ces années : la Ligue de vigilance sociale fait deux demandes, et la deuxième est rejetée à l’automne 1946. La loi exige qu’une requête énonce des accusations précises, et personne en dehors de la police ne les a.

Une casquette d’officier de police à insigne, posée près d’un poteau de laiton et d’un cordon de velours rouge.
La casquette et le cordon.

En mars 1947, Albert Langlois devient directeur de la police. En mars 1948, il suspend Plante et obtient son congédiement du comité exécutif de la Ville, pour cause « d’insubordination et de publicité non autorisée ». Plante parlait aux journaux. Il était hors de la police, et il avait gardé ses dossiers.

iii. La série

Soixante-deux articles,
du 28 novembre 1949 au 18 février 1950.

Plante porte ses papiers à la rédaction du journal Le Devoir. Gérard Pelletier, alors jeune journaliste de la maison, passe trois mois à les mettre en ordre et à rédiger le texte avec lui. Le directeur, Gérard Filion, accepte de le publier. Le premier article paraît le 28 novembre 1949 sous le titre Montréal sous le règne de la pègre. Cette nuit-là, des hommes tentent de forcer les portes du journal, et la une du lendemain annonce que des gardes armés patrouilleront l’immeuble.

Un homme sans visage, en gilet, assis à une machine à écrire entre deux hautes piles de papier, un crayon à la tempe, des feuilles froissées sur le bureau.
Trois mois dans les dossiers.

La série compte soixante-deux livraisons, jusqu’au 18 février 1950. Elle nomme le système de l’intérieur : les avertissements avant les descentes, les prête-noms arrêtés à la porte, les amendes comme une redevance, les officiers qui connaissaient les adresses, et une administration municipale que Plante accuse d’approbation tacite. Le tirage bondit. À la fin de février, les articles sont réunis en un livre de quatre-vingt-seize pages aux Éditions de l’Action nationale, qui se vend à plus de quinze mille exemplaires en deux semaines.

Un journal plié portant le portrait d’un homme en complet, plusieurs lignes soulignées de rouge, et un stylo-plume posé en travers.
La série, soulignée.
iv. La requête

Mille pages
d’accusations précises, 1950–1953.

Le 19 mars 1950, trente-cinq associations, du monde des affaires, des professions et des syndicats, fondent le Comité de moralité publique pour obtenir une enquête. Ses avocats sont Plante et un jeune avocat nationaliste, Jean Drapeau. Ils puisent dans les dossiers que Plante a gardés et dans ce que la série a fait sortir, et le 11 mai 1950 ils déposent une requête à la Cour supérieure : 1 095 pages, signées par soixante-quatorze citoyens, avec près de cinq mille accusations précises contre des officiers de police et des politiciens. Aucun simple policier n’y est nommé.

En mai 1950, le juge en chef ordonne une enquête judiciaire et désigne le juge François Caron, de la Cour supérieure, pour la présider. Les audiences s’ouvrent le 11 septembre 1950 dans la salle 24 du vieux palais de justice, rue Notre-Dame, avec Plante et Drapeau comme procureurs. Le premier ministre, Maurice Duplessis, juge que ces dépenses ne relèvent pas de la province. Les sténographes font même la grève à un moment pour être payés, et le comité et Le Devoir passent le chapeau auprès du public, en petits dons, pour que les audiences continuent.

Un bureau avec une lampe de banquier, des dossiers empilés marqués de rouge, des pages dactylographiées, un verre de whisky d’où monte une fumée, et un micro de radio.
Le dossier, sous la lampe.
Accusés
63
58 officiers de police et 5 membres du comité exécutif de la Ville
Témoins
373
en 325 séances, du 11 septembre 1950 au 2 avril 1953
Coût
500 k$
plus que toute enquête du genre avant elle

Parmi les cinquante-huit officiers figurent les deux hommes qui ont dirigé le service pendant la décennie visée : Fernand Dufresne, directeur de 1931 à 1946, et Albert Langlois, celui qui a congédié Plante. Les cinq derniers accusés sont membres du comité exécutif, dont son président depuis 1940, Joseph-Omer Asselin. Pour les partisans du comité, les politiciens sont les vrais coupables et les policiers leurs instruments. Mais la loi exige des accusations précises, et les accusations précises peuvent se bâtir contre les officiers qui ont fréquenté les adresses. Policiers, prostituées, tenancières, gérants de maisons de jeu, criminels et politiciens défilent à la barre. Les audiences prennent fin le 2 avril 1953.

v. L’instrument

Le sondage :
de cinq mille accusations à un jugement.

Chaque palier ci-dessous est un chiffre tiré du dossier de l’enquête. Faites-les défiler et suivez les soixante-trois accusés : cinquante-huit officiers à l’encre, les cinq membres du comité exécutif cerclés d’or. Puis regardez combien il en reste au fond de la ligne.

Le sondage · sept paliers · mai 1950 à mars 1957 MEM (Lapointe) · Archives de Montréal · L’Encyclopédie canadienne · La Presse, 9 oct. 1954
0
0des 63 accusés portent une sanction
Mai 1950Mars 1957

« Une vingtaine » est le chiffre du dossier lui-même, une vingtaine ; vingt points sont dessinés. Les membres du comité exécutif ont été accusés, pas condamnés.

Voilà la forme de ce que l’enquête pouvait atteindre. La requête portait près de cinq mille accusations contre soixante-trois personnes nommées. Trois ans d’audiences ont prouvé une tolérance de la prostitution et du jeu dans tout le service pendant les années 1940. Au fond de la ligne, il est resté une vingtaine de policiers, mis à l’amende et écartés des charges municipales, et aucun politicien. Le juge n’a pas déclaré le comité exécutif innocent. Il a écrit que ses membres avaient fait preuve de mauvaise foi et que leurs témoignages avaient peu de crédibilité. Il ne les a pas condamnés.

vi. Le jugement

8 octobre 1954 :
toléré ou favorisé.

Le juge Caron dépose son jugement le 8 octobre 1954, un an et demi après la dernière audience et dix-sept jours avant des élections municipales. Une vingtaine d’officiers sont blâmés, mis à l’amende et déclarés inaptes à occuper une charge municipale. Le reproche qui les vise, comme La Presse le rapporte le lendemain matin, est d’avoir « toléré ou favorisé l’épanouissement du vice organisé ».

Entre des rideaux de scène rouges, un policier en uniforme et un homme en complet rayé se serrent la main ; aucun visage n’est montré.
Derrière le rideau.
  • Fernand Dufresne, directeur de la police de 1931 à 1946 : amende de sept mille dollars et inaptitude à toute charge municipale pendant dix ans.
  • Albert Langlois, directeur de la police depuis 1947 : destitué, déclaré inapte à une charge municipale pendant un an et condamné à cinq cents dollars de frais, solidairement avec la Ville. Le reproche qui le vise remonte à 1945, quand il était capitaine de district.
  • Environ dix-huit autres officiers : blâmés, mis à l’amende et déclarés inaptes à une charge municipale.
  • Les cinq membres du comité exécutif, dont son président Joseph-Omer Asselin : pas condamnés, faute de preuves suffisantes, et durement écorchés dans le jugement.
  • Pacifique Plante : le juge tient pour injuste son congédiement de 1948.

Le jugement affirme aussi que la tolérance n’est pas revenue à son niveau antérieur après le renvoi de Plante. Les années qu’il condamne sont les années 1940. C’est la période que la série avait décrite, la décennie où les maisons closes et les barbottes de la ville tournaient à des adresses connues, avec des descentes à horaire fixe.

vii. Le journal de bord

Le journal de bord,
de Coderre à Guadalajara.

Vingt entrées, chacune fixée par un document. Les lignes charnières sont celles où quelqu’un a regardé, ou en a été empêché.

6 octobre 1924
Coderre. Une enquête judiciaire sur la police de Montréal s’ouvre sur la requête de quatre-vingt-deux citoyens, après un vol de banque en avril. Le rapport est rendu public le 13 mars 1925. La loi est ensuite modifiée pour rendre de telles enquêtes plus difficiles à obtenir.
Février 1944
L’armée. Le Red Light est fermé brusquement à la demande des militaires, pour protéger les soldats. La Presse avait compté 116 maisons closes en ville cette année-là, dont quatre-vingt-dix dans le quartier.
Automne 1945
Le conseiller. Pacifique Plante devient conseiller juridique de l’escouade de la moralité. La Ligue de vigilance sociale qualifie les descentes de sorte de taxe périodique sur les maisons.
7 août 1946
L’escouade. Après le meurtre en plein jour de Harry Davis dans sa maison de jeu de la rue Stanley, en juillet, Plante est nommé directeur adjoint de la police, responsable de l’escouade de la moralité. Il s’en prend aux propriétaires plutôt qu’à ceux qui ouvrent la porte.
Automne 1946
Deux refus. La deuxième demande d’enquête publique sur la police de la Ligue de vigilance sociale est rejetée en vertu des exigences de la loi sur la fraude et la corruption dans les affaires municipales. La Ligue disparaît avant la fin de l’année.
Mars 1947
Le directeur. Albert Langlois devient le seizième directeur de la police de Montréal.
Mars 1948
Congédié. Langlois suspend Plante et obtient son congédiement du comité exécutif pour insubordination et publicité non autorisée.
28 novembre 1949
La série. Le Devoir publie le premier de soixante-deux articles, Montréal sous le règne de la pègre, rédigés par Gérard Pelletier à partir des papiers de Plante. Cette nuit-là, des hommes tentent de forcer les portes du journal ; des gardes armés sont postés.
18 février 1950
La dernière livraison. À la fin du mois, la série devient un livre de quatre-vingt-seize pages qui se vend à plus de quinze mille exemplaires en deux semaines.
19 mars 1950
Le comité. Trente-cinq associations fondent le Comité de moralité publique pour obtenir une enquête.
11 mai 1950
La requête. Plante et Jean Drapeau déposent 1 095 pages à la Cour supérieure, signées par soixante-quatorze citoyens : près de cinq mille accusations précises contre des officiers de police et des politiciens. Le juge en chef ordonne l’enquête le même mois et désigne le juge François Caron.
11 septembre 1950
Ouverture des audiences dans la salle 24 du vieux palais de justice, avec Plante et Drapeau comme procureurs. Soixante-trois accusés : cinquante-huit officiers et cinq membres du comité exécutif.
Janvier 1951
La Ligue. Les partisans du comité s’organisent en Ligue d’action civique, pour présenter des candidats à l’hôtel de ville.
2 avril 1953
Clôture des audiences après 373 témoins et 325 séances, pour un coût d’environ un demi-million de dollars.
8 octobre 1954
Le jugement. Une vingtaine d’officiers, dont les deux directeurs, blâmés, mis à l’amende et déclarés inaptes à une charge municipale pour avoir toléré ou favorisé le vice organisé. Langlois est destitué. Aucun politicien n’est condamné.
25 octobre 1954
L’élection. Jean Drapeau, trente-huit ans, est élu maire à la tête de la Ligue d’action civique, dix-sept jours après le jugement. Plante retourne dans la police.
14 mars 1957
En appel. Réhabilité par la Cour supérieure, Albert Langlois reprend son poste de directeur de la police.
Octobre 1957
L’élection suivante. Sarto Fournier défait Drapeau.
1958
L’exil. Écarté de la police une seconde fois, et après des menaces de mort, Plante quitte le Québec pour vivre au Mexique.
9 août 1976
Guadalajara. Pacifique Plante meurt au Mexique, à soixante-neuf ans.
Un édifice public à dôme aux fenêtres éclairées de rouge, entre des arbres et des réverbères, avec des tours derrière, reflété sur une place mouillée.
Les lumières allumées à l’hôtel de ville.
viii. À retenir

De retour sur le pont :
ce que le journal de bord établit.

Pendant une décennie, la police de Montréal a appliqué la loi contre la prostitution et le jeu d’une façon qui les gardait en marche. Les descentes étaient réelles, elles étaient fréquentes, et elles étaient arrangées avec ceux qu’on visitait : un avertissement, un prête-nom à la porte, une amende versée dans les comptes de la Ville, la maison rouverte. Sur un seul pâté de maisons, vingt-huit portes ont reçu 1 659 descentes. L’officier mis en charge qui a changé cette routine, en arrêtant les propriétaires, a été congédié par son directeur. Le dossier de cette routine est sorti parce qu’il avait gardé ses papiers, qu’un journal les a publiés pendant douze semaines, et que soixante-quatorze citoyens ont signé mille pages d’accusations précises.

Le jugement a confirmé le système et a atteint ceux qui le faisaient tourner en uniforme : une vingtaine d’officiers et les deux directeurs de la décennie, mis à l’amende et écartés des charges municipales. Il n’a pas atteint l’hôtel de ville que la requête nommait à côté d’eux. La loi demandait des accusations précises, et les accusations précises visaient des policiers. L’un des deux directeurs a repris son poste deux ans et demi plus tard, en appel. L’avocat qui avait tout déclenché a quitté le pays en 1958 et est mort au Mexique.

Affiche en noir, crème et rouge intitulée Montreal, 1950 : un personnage brandit un journal dont le titre dessiné annonce que Pax Plante dénonce la corruption policière, tandis que deux policiers sans visage gardent un club sous une enseigne au néon Organized crime, l’un disant Nothing to see here. Légende : le crime était organisé, la protection aussi.
La page de journal de l’affiche est un dessin ; la série a paru en français, sous le titre Montréal sous le règne de la pègre.

L’affiche sur la porte disait : circulez, rien à voir.

Derrière, il y avait un horaire : l’avertissement, la descente, la femme à la porte inscrite comme propriétaire, l’amende payée, la porte rouverte.

Le crime était organisé. La protection aussi, et seule la moitié en uniforme a dû en répondre.

La ligne d’horizon de Montréal la nuit, une église à dôme parmi les tours, des réverbères et deux voitures garées dans une rue mouillée, des lumières rouges reflétées dans l’eau.
Remontée.
ix. Sources

Où vérifier
chaque ligne ci-dessus.

Groupées par section.

i. La routine

Les descentes, les amendes, la rue Berger

  1. Archives de Montréal, « Pièces déposées à la Commission d’enquête Caron, 1950-1953 », 5 juin 2013 : les avertissements avant les descentes, la femme à la porte arrêtée comme propriétaire, les maisons jamais fermées bien longtemps, et les soixante mille dollars d’amendes par année, d’après Daniel Proulx, Le Red Light de Montréal (VLB, 1997), p. 21.
  2. Pacifique Plante, Montréal sous le règne de la pègre (Éditions de l’Action nationale, 1950), p. 32 (les barbottes par toute la ville) et p. 45 (vingt-huit numéros de porte, 1 659 descentes), avec le décompte de La Presse de 1944, 116 maisons closes, et la « sorte de taxe » de la Ligue de vigilance sociale en 1945, tous cités dans Félix Turcotte, mémoire de maîtrise, Université de Sherbrooke, 2025.
  3. Gérard Filion, Fais ce que peux (Boréal, 1989), cité par Kathleen Lévesque, « Jeu, prostitution et complaisance policière », Le Devoir, 12 juin 2010.
  4. Gilles Lafontaine, « Coderre, Louis », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 : la requête de 1924, l’enquête et le rapport du 13 mars 1925. Mathieu Lapointe, « L’escouade de la moralité », Encyclopédie du MEM, 2019 : la modification qui a suivi Coderre et les demandes refusées des années 1940.

ii. L’escouade

La nomination et le congédiement de Plante

  1. Maude-Emmanuelle Lambert, « Pacifique Plante », L’Encyclopédie canadienne, 2016 : la naissance et la mort, l’automne 1945, la nomination du 7 août 1946, les dates de la série, la requête du 11 mai 1950 et ses soixante-quatorze signataires, les années après 1954 et le départ pour le Mexique en 1958.
  2. Lapointe, « L’escouade de la moralité » (ci-dessus) : le changement de méthode, la suspension de mars 1948 et ses motifs déclarés, et l’ordonnance d’enquête de mai 1950.
  3. Maryse Bédard, « Albert Langlois, un chef de la police controversé », Encyclopédie du MEM, 2019 : sa nomination en mars 1947, l’appel et son retour le 14 mars 1957.
  4. Mathieu Lapointe, « « Beaucoup trop Chicago » : la campagne de moralité publique montréalaise dans ses contextes internationaux », Bulletin d’histoire politique 24(1), 2015 : le meurtre de Harry Davis, le deuxième refus essuyé par la Ligue de vigilance à l’automne 1946, et le tirage et les ventes de la série.

iii. La série

Le Devoir, 1949–1950

  1. Lévesque, Le Devoir, 12 juin 2010 (ci-dessus) : les soixante-deux articles, les trois mois de Pelletier dans les papiers, l’accusation d’approbation tacite par l’administration municipale.
  2. Dave Noël, « Il y a 75 ans, Pax Plante dénonçait le contrôle de Montréal par la pègre », Le Devoir, 28 novembre 2024 : la tentative contre les portes et les gardes armés, le livre de la fin de février 1950 et les quinze mille exemplaires, et la fermeture du Red Light en février 1944.

iv–vi. La requête, l’instrument et le jugement

L’enquête Caron

  1. Mathieu Lapointe, « L’enquête Caron », Encyclopédie du MEM, 2019, tiré de Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960 (Cardinal, 2016), p. 242–244 : soixante-trois accusés, cinquante-huit officiers et cinq membres du comité exécutif, 373 témoins, 325 séances, un demi-million de dollars, la salle 24, Duplessis et les sténographes, l’exigence d’accusations précises, le verdict sur une vingtaine d’officiers et sur le congédiement de Plante, les politiciens non condamnés, et le moment choisi avant l’élection.
  2. Denys Chouinard, « Il y a cinquante ans… l’Enquête Caron, 1950-1954 », Archives de Montréal, 2004 : les trente-cinq associations du 19 mars 1950, les 1 095 pages, l’ouverture le 11 septembre 1950 et la clôture le 2 avril 1953. (Les Archives comptent 335 séances ; on retient ici les 325 de Lapointe.)
  3. Maryse Bédard, « Fernand Dufresne, un réformateur corrompu? », Encyclopédie du MEM, 2019 : les sept mille dollars et les dix ans.
  4. Jean Boucher, La Presse, 9 octobre 1954, p. 25, cité par Turcotte (ci-dessus) : l’année d’inaptitude de Langlois, les cinq cents dollars de frais solidairement avec la Ville, le reproche de 1945 et les mots « toléré ou favorisé l’épanouissement du vice organisé ».
  5. Marcel Martel, compte rendu de Mathieu Lapointe, Nettoyer Montréal (Septentrion, 2014), Cahiers de lecture de L’Action nationale, 2015, qui cite la p. 358 sur les politiciens acquittés faute de preuves suffisantes.

vii. Le journal de bord

Après le jugement

  1. Lapointe, « L’enquête Caron » (ci-dessus), et Lambert, « Pacifique Plante » (ci-dessus) : l’élection de Drapeau le 25 octobre 1954, son âge, la Ligue d’action civique, le retour de Plante, l’élection de 1957, les menaces, le Mexique et sa mort le 9 août 1976 à Guadalajara. L’entrée anglaise de L’Encyclopédie canadienne date le nouveau nom du comité de janvier 1951.
  2. Les dix-sept jours vont du 8 au 25 octobre 1954.
x. Faire circuler l’enquête

Huit lignes
qui portent le dossier.

Chacune se publie avec un lien vers la section d’où elle vient.

Direction visuelle d’après les films océanographiques de Jacques-Yves Cousteau et de l’équipage de la Calypso, 1943–1996. La soucoupe est la SP-350 « Denise ». Aucune affiliation ; la dette est le propos.